vendredi 17 juin 2016
jeudi 19 mai 2016
Une troupe de brigands parcourt les rives de la Sarthe aux alentours de Brissarthe en 1813. Lettre du préfet Abdon-Patrocle-Frédéric Hély d’Oissel,
Département
Angers, le 21 juillet 1813
De
Le Baron de l’Empire, Chevalier de la Légion
Maine et Loire
D’honneur, Auditeur au Conseil d’Etat, Préfet du
____________
Département de Maine et Loire
Cabinet du Préfet
A Monsieur
le Maire de Brissarthe
Monsieur,
Une vingtaine de brigands faisant
évidemment partie de l’attroupement qui s’est manifesté dans le Dépt. de la
Mayenne, vivement poursuivi dans ce Dépt se sont jetés dans le Dépt de Maine et
Loire. Ils ont passé la nuit dernière dans la commune de Tiercé où ils ont
encore été vus ce matin. On est, en ce moment à leur poursuite. Il importe que
vous secondiez de tout votre pouvoir les mesures prises par l’administration
pour arrêter ce fléau. Il importe surtout que tous les individus qui ont
cherché à troubler la tranquillité de ce pays soient arrêtés et que pas un
n’échappe aux recherches dirigées contre cette troupe.
Au reçu de la présente, Monsieur,
vous réunirez le plus d’hommes que possible de votre commune. Cette garde
nationale sera, par vous, établie sur la rive droite de la Sarthe et
postée aux lieux où sont établis le
bourg et où se trouve des chaussées ou moulins. Elle fera de suite amener et
enchainer aux lieux où sont établis les bacs et sur la rive droite, tous les
petits et grands bateaux qui se trouveront exister sur la rivière et les
submergera même, si elle le juge necessaire.
Des patrouilles fréquentes
correspondront tout le long de la rive gauche. Vous établirez sur cette rive un
corps de garde qui deviendra le point central de la force armée de votre
commune. Une sentinelle y sera placée pour veiller sur la campagne et avoir
l’oreille au guet afin de prévenir la troupe au moment où elle entendrait
sonner le tocsin. Sur un point quelconque, à ce signal, la force armée se
dirigera sur le point d’où le tocsin se sera fait entendre, en prenant diverses
routes et éclairant la campagne. Tout individu non connu, armé ou sans arme,
non porteur de papier en règle, sera de suite arrêté soit qu’il se prépare pour
passer la rivière, soit qu’il soit rencontré par la force armée se rendant au
signal.
A l’instant où vous aurez
connaissance que les brigands auront mis le pied sur votre commune, vous ferez
sonner le tocsin mais vous aurez soin de bien vérifier la véracité de la
nouvelle qui vous en a été donnée afin de ne pas jeter l’alarme mal à propos. Les
hommes de garde postés sur la rive droite de la Sarthe veilleront
scrupuleusement à ce qu’aucun individu ne puisse passer sur la rive gauche.
Tout individu qui se présentera sur la rive droite, soit pour forcer le
passage, soit reconnu comme suspect, sera de suite arrêté. Si les brigands se
présentaient en force supérieure pour forcer un passage, les postes voisins seront
alertés par des coups de fusil et au signal, ils se réuniront au point attaqué.
Tous les individus qui auront été arrêtés seront de suite conduits à la caserne
de gendarmerie à Angers.
Je compte, Monsieur, sur tout votre
zèle. Dans cette circonstance, vous
saurez profiter du bon esprit qui anime votre commune et il sera facile de
persuader à vos administrés combien il est important pour eux de faire
disparaître du pays ces brigands dont le séjour prolongé attirerait sur eux les
plus grands malheurs. Ces mesures ne peuvent être de longue durée car, si elles n’ont
pas produit de résultats d’ici à demain, il est à peu près certain qu’ils
seront retournés sur le territoire de la Sarthe ou de la Mayenne, leur retraite
habituelle.
Ces hommes n’appartiennent pas à ce
pays et sont des perturbateurs de l’ordre public qui ne doivent supprimer aucun
intérêt aux honnêtes gens et qu’il importe de poursuivre avec vigueur pour les
dégoûter de venir inquiéter notre territoire. Ne perdez donc pas un instant
pour prendre les mesures que je prescris et qui devront durer deux jours. Ne
perdez pas de temps à attendre que tous vos hommes soient réunis. Dès que
quelques hommes seront réunis, établissez d’abord de petits postes et vous les
grossirez ensuite. Faites vous même la revue de vos postes, encouragez vos
habitants, faites leur sentir que c’est pour leur repos même qu’on les fait
agir et ne négligez rien pour que les bandits ne puissent passer la rivière sur
votre commune. Je compte sur tout votre zèle et sur tout votre dévouement Ne vous occupez pas du tout de diriger des
patrouilles dans l’intérieur des terres, il y aurait confusion et peut être
quelque malentendu fâcheux. Je vous demande de vous borner à bien garder les
passages de votre rivière. Les colonnes que nous avons organisées pour
poursuivre la bande dont on a connaissance se composent chacune de quatorze
gendarmes, de quelques militaires de la compagnie de réserve et d’habitants des
campagnes bien choisis dans l’intérieur des terres. Si vous aviez quelques
renseignements sur la marche des bandits, il faudrait vous hâter de les
transmettre par un exprès à Monsieur le Maire de Tiercé ou à la première
colonne composée ainsi que je viens de vous le dire que l’on rencontrerait.
Surtout, ayez bien soin que le tocsin
ne soit sonné dans votre commune que dans le cas où les bandits voudraient
forcer le passage de la rivière sur votre commune et où vous ne pourriez pas
vous en rendre maître. Il ne faut pas répandre l’alarme inutilement.
J’ai l’honneur d’être avec considération,
Monsieur, votre bien humble et obéissant serviteur.
Signature
(Abdon-Patrocle-Frédéric Hély d’Oissel )
Biographie
Il entra dans l'administration sous l'Empire, qui le créa baron le 31 janvier 1810. Conseiller d'État en service extraordinaire, il fut élu, le 17 novembre 1827, député du 6e arrondissement de la Seine-Inférieure.D'opinions constitutionnelles, il prit place au centre gauche. Il combattit le ministère Polignac, fut des 221, et obtint sa réélection comme député, le 12 juillet 1830. Hély d'Oissel applaudit à la révolution de Juillet et prit part à l'établissement de la monarchie nouvelle.
Nommé conseiller d'État en service ordinaire, il dut solliciter le renouvellement de son mandat, qui lui fut confirmé, le 21 octobre 1830. Il vota en toute circonstance, jusqu'à sa mort, avec la majorité conservatrice, et fut réélu une dernière fois, le 5 juillet 1831.
Ses connaissances pratiques dans l'administration l'avaient fait choisir au conseil d'État comme vice-président du comité de l'intérieur.
Hély d'Oissel était en outre président du conseil des bâtiments civils et du conseil supérieur de santé, et associé libre de l'Académie de médecine.
lundi 25 avril 2016
Construire les communes nouvelles à la campagne

“On devrait
construire les villes à la campagne car l’air y est plus pur!”
Certains élus
semblent vouloir prendre Alphonse Allais à la lettre, convaincus que 10
communes, éparpillées sur un territoire de 18 000 hectares, peuvent former
une seule ville de plus de 10 000 habitants?
La Communauté de
communes du Haut Anjou (en vert sur la carte) qui gérait quelques compétences de son niveau était fort
pratique. Son regroupement, le 1er janvier 2017, avec Ouest Anjou et la Région
du Lion-d’Angers (Totalité de la carte) n’est pas choquant. Son fonctionnement sera similaire, pour ne
pas dire amélioré. Les services de proximité pourront être assumés en
territorialisant certaines actions.
Alors, pourquoi
réagir à cette décision préfectorale en créant, en lieu et place de la CCHA une
ville?
Les motivations de la
“réaction” sont sans doute plus complexes qu’il n’y paraît pour ne pas dire
suspectes.
On pourrait imaginer
que les porteurs du projet sont, par essence, les municipalités de ces
communes. Il n’en est rien. C’est la gouvernance de l’EPCI qui s’est saisie de
l’affaire et pèse, de toute son influence, sur les maires concernés.
Le malaise est patent
au sein des conseils municipaux. Ils n’entendent qu’une seule argumentation,
répétée à l’envi, martelée, sublimée par un consultant acquis à la cause.
Pourtant, l’ambiance
est celle d’un mariage arrangé, comme dans les vieilles familles bourgeoises.
Il n’est pas question d’amour mais de gros sous! Les vrais bassins de vie sont
ignorés. Les populations ne sont consultées que du bout des lèvres.
L’exemple négatif de
ces petits villages, déja mariés, et qui demandent le divorce est balayé d’un
revers de main.
Les jeux semblent
être faits!
Nous serons bientôt
les habitants d’une ville dont les rues, pardon, les routes, seront plus
longues que les rues de Paris.
Au fait, vous ai-je
dit que je ne suis pas vraiment partisan de cette folie?
Alain BOURRIER
Maire de Brissarthe
dimanche 3 avril 2016
La folie des communes nouvelles
Les communes rurales vont disparaître, sacrifiées sur l'autel des raisonnements de technocrates européens relayés, avec enthousiasme, par le gouvernement français et par des élus locaux qui y voient une occasion de consolider leur accès aux petits pouvoirs de province.
Le Maine-et-Loire est le meilleur élève d'une école fréquentée par des potentats provinciaux drapés dans leurs certitudes. Cent trente et une communes ont déjà franchi le pas, plus ou moins consentantes, plus ou moins contraintes, souvent en désaccord avec leur population, consultée du bout des lèvres. Certaines le regrettent déjà et songent au divorce.
Beaucoup d'autres communes s'y préparent. De réunions de travail en délibérations houleuses, les maires et conseillers municipaux, bousculés, manipulés ou manipulateurs, vont franchir le pas. Ceux qui osent s'interroger, demander les raisons de cette fuite en avant, sont ostracisés.
La plus simple des questions à se poser est: Pourquoi?
En lisant la presse, vous connaitrez les raisons mises en avant par les tenants du mariage:
- s'adapter à l'extension des périmètres des communautés de communes voulue par l'Etat.
- bénéficier du coup de pouce financier du gouvernement qui gèle la baisse annoncée des dotations budgétaires.
- peser plus face aux autres communes nouvelles, aux agglomérations, au sein du département et de la région.
- économiser en mutualisant les services communaux, le matériel, les infrastructures.
Les moyens de forcer de forcer le passage sont multiples:
- les présidents de communautés de communes s'érigent en porteurs de projet et organisent la procédure de fusionnement. Les maires des communes impactées deviennent les figurants d'une pantomime locale.
- on force l'allure. Les dates sont imposées par le haut. Les ordres du jour des conseils municipaux sont dictés. On va même, je n'invente rien, jusqu'à fixer l'heure des délibérations pour éviter que les maires se concertent.
- on paie grassement des consultants acquis à la cause.
- on invite aux réunions populaires des maires de communes nouvelles voisines, dithyrambes de la cause. Les prises de parole sont orientées systématiquement dans le sens d'une défense de la notion de commune nouvelle, présentée comme seul recours à la baisse des dotations.
- on crée de faux problèmes de "services de proximité". Une distance de 20 km devient rédhibitoire pour gérer une crèche ou animer un service de portage de repas.
- on agite des épouvantails financiers comme le risque de voir les communautés de communes fusionnées, retourner aux communes des compétences auparavant prises en compte telles que, par exemple, les pôles "Santé".
Les raisons non avouées du matraquage médiatique:
- elles peuvent être purement politiques. Une commune rurale est, par essence, apolitique et le maire est, la plupart du temps, sans étiquette. Qu'en sera-t-il de communes nouvelles de plus de 10000 habitants?
- elles sont une manière inavouée de résister aux décisions préfectorales de regroupement des EPCI. En effet, recréer en lieu et place de communautés de communes regroupées, autant de communes nouvelles de même périmètre est une façon de retrouver les mêmes acteurs rassemblés autour des mêmes tables. Une sorte de pied de nez à l'Etat.
- elles permettent parfois de sauver un président de communauté de commune qui, simple adjoint dans sa propre commune rurale, ne serait plus conseiller communautaire dans un EPCI regroupé. Il faut, pour cela, qu'il se fasse élire maire de la commune nouvelle et, n'en doutez pas, c'est là un des critères majeurs de gouvernance, discuté dans les groupes de travail, bien en amont des décisions.
- elles sont la première marche d'une prise de pouvoir sur les communautés de communes regroupées. On crée, artificiellement, de grosses communes, sans cœur de ville réel autre que celui du bourg le plus peuplé, et on dispose ainsi d'un poids réel sur les décisions de l'EPCI, ne serait-ce qu'au moment des désignations des présidents et vice-présidents de cet EPCI.
Conclusion:
Nul ne m'obligera à sacrifier à cette mode. Certes, je me plierai aux décisions de mon conseil municipal mais je ne chercherai pas à l'influencer. Je lui demanderai simplement de se poser la question du pourquoi et du comment.
Les avantages devront être tangibles, mesurés, réels et les inconvénients exposés. La population devra être consultée et entendue.
Et si mon village franchit le pas, ce devra être en toute connaissance des dettes des conjoints, du montant des impôts locaux, des taxes sur l'eau, des projets d'investissement, des charges induites, des vices cachés, des compétences prises en compte par la communauté de communes future.
Ce sera un mariage d'amour et non un mariage de raison.
-
-
Sinon,
ce sera
un aimable célibat
assumé
consenti
heureux.
--
jeudi 31 mars 2016
mardi 8 mars 2016
Le soldat oublié de la Grande Guerre.
Le neuf juillet mille huit cent quatre vingt quatorze, à dix heures du matin, devant nous Joseph Langlois maire et officier d’Etat Civil de la commune de Brissarthe est comparu Rebours Jacques Marie âgé de trente cinq ans, demeurant au Gravier en cette commune, profession de charpentier de moulins lequel nous a présenté un enfant du sexe masculin né en son domicile le sept juillet courant à 12 heures du soir de lui déclarant et de Crossoir Caroline Joséphine son épouse, auquel enfant il a déclaré vouloir donner les prénoms de Marcel Jules Léon.….
Vingt et une années plus tard, Marcel Rebours est caporal au 102° Régiment d’Infanterie cantonné à Chartres.
Le 24 septembre 1915, dans la soirée, son régiment apprend qu’il doit attaquer l’ennemi dans la région d’Auberives sous Suippes. C’est la grande offensive de Champagne décidée par Joffre.
A l’aube, le clairon de la compagnie sonne la charge. Au début cela se passe à peu près bien. Marcel et ses camarades croisent même des blessés allemands qui se rendent. Mais le pilonnage d’artillerie, qui n’a pas cessé pendant les trois jours précédant l’offensive, n’a pas anéanti les défenses ennemies.
Le nom de Marcel Rebours figure en toutes lettres dans le journal de marche du régiment parmi les noms de ses 500 camarades tués dans la journée. On ne sait pas dans quelles circonstances il trouva la mort.
Son corps repose dans la Nécropole nationale “Le Bois du Puits” non loin de Reims.
Quatre jours plus tard, l’avancée de l’armée française est, au plus, de 5 km. On arrête les frais. Les deux grandes offensives de l’année 1915 se seront soldées par plus d’un million de morts français contre huit cent milles allemands.
Curieusement, Marcel Rebours ne figure pas sur le monument aux morts de Brissarthe. Le Matricule 379 de la classe 1914 d’Angers a été oublié.
En paraphrasant l’expression célèbre de Pierre Desproges nous pourrions conclure par:
Etonnant non?
vendredi 4 mars 2016
Les articles orientés du Haut Anjou ou l'art de manipuler les foules
Un journal régional devrait faire montre d'une certaine impartialité dans sa manière de rendre compte des évènements "politiques" locaux et le sujet des communes nouvelles qui est à l'origine d'articles récurrents dans la presse est un de ceux qui, justement, devraient être abordés avec prudence par les "journalistes".
Je vous propose, pour entrer dans le vif de mon sujet, d'analyser un article paru le vendredi 4 mars 2016 dans le HAUT ANJOU à la page de Châteauneuf-sur-Sarthe
Je vous propose, pour entrer dans le vif de mon sujet, d'analyser un article paru le vendredi 4 mars 2016 dans le HAUT ANJOU à la page de Châteauneuf-sur-Sarthe
Il y est reporté un compte-rendu sur la dernière assemblée générale de la communauté de communes du Haut-Anjou qui s'est tenue le vendredi 26 février 2016, dans la salle de la Cigale.
Passons sur les 90 premières lignes de l'exercice qui ne sont que le résumé des discours officiels, l'énonciation des actions passées et l'annonce de la mort imminente de la CCHA. Je reconnais qu'il est difficile de passionner les lecteurs avec ce type d'évènement..
In extenso:
A ce jour, certains sont encore septiques (sic) quant au bien fondé d'une commune nouvelle ( à 10 communes). Mais l'intervention durant cette assemblée du maire de la commune nouvelle de Montrevault dans les Mauges aura sûrement éclairé quelques lanternes.
Je suis un de ces maires de la CCHA qui sont sceptiques , et non septiques comme les fosses du même nom, sur la nécessité de créer une commune nouvelle de plus de 10 000 habitants en lieu et place des villages qui composent cet EPCI.
Dois-je comprendre que, contrairement aux autres maires qui, sans doute, disposent de moyens intellectuels plus développés que les miens, je vais bénéficier de l'intervention de ce maire extérieur pour éclairer ma vieille lanterne ou puis-je espérer qu'une réflexion approfondie de mes éminents confrères fera vaciller la flamme hypnotique qu'on agite devant la population locale avec l'entêtement des anciens bateleurs de foire?
Je respecte profondément leur opinion, je demande qu'on me laisse le droit d'attendre plus ample information pour forger la mienne!
Je respecte profondément leur opinion, je demande qu'on me laisse le droit d'attendre plus ample information pour forger la mienne!
Heureusement, les habitants de nos villages ont la tête sur les épaules et sont tout aussi sceptiques que les maires qui demandent à réfléchir. Ce ne sont pas des Vault, pardon des veaux.
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